Cette exposition
propose un ensemble d'oeuvres comme autant de paysages, qui laissent affleurer une pensée
vagabonde, tantôt à l'écoute d'une réalité intérieure, tantôt en résonnance aux
images du monde.
Placées sous le signe de l'étrange, ces oeuvres composent avec des réminiscences, des
traumatismes, mais aussi des visions oniriques et des fantasmes, des bribes de fiction,
où la cruauté et l'angoisse ne s'interdisent pas la dérision.
Si chaque artiste développe un univers spécifique, ils nous
proposent une expérience mentale et sensible, poussée dans ses retranchements les plus
intimes, les plus fragiles et insolites.
Le rêve y joue un rôle
particulier : que ce soit par l'intermédiaire des contes
de fées dont l'histoire est réécrite et rejouée (Hide, Anna Gaskell) ou
lorsqu'il investit la réalité, dans des scénarios mi-réels, mi-fictifs (les
photographies d'Annika von Hausswolff). Il peut prendre chez Paola Pivi, la forme
d'artifices, dont l'étrange "physicalité" déconcerte le spectateur.
Parfois, il entraîne un état de flottement, de distance, d'abandon : celui du sujet par
rapport à lui-même et au monde qui l'environne, dont il se sent à la fois participant
et désolidarisé (Ugo Rondinone) ; sentiment de présence et de manque qu'expriment aussi
les espaces abandonnés, sans repère, de Koo Jeong-a, ou les images de Jeroen de Rijke et
Willem de Rooij, dilatant démesurément le temps dans l'espace.
Dans un autre registre, les dessins et saynètes d'Anne-Marie Schneider nous
transportent dans un "ailleurs" grinçant, où la sensibilité à fleur de peau,
l'association de références subtiles et inattendues, créent des muitations étranges.
Si l'imaginaire, le rêve sont au coeur de ces oeuvres, les territoires que les artistes
tracent, laissent toute interprétation et évasion possible.
Chacun d'entre eux évoque un monde d'embivalences, où rêve et réalité, présence et
absence, se côtoient et expriment les nuances de la vulnérabilité, de l'émotion et de
la lucidité.
L'autre Sommeil : ce titre est emprunté à une
oeuvre de Julien Green, publiée aux Editions Gallimard. © Julien Green - 1930 |